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Chapitre II : Résumé des thèmes abordés

  • Diffusion : octobre 2014
  • Dernière mise à jour : octobre 2014

Les discussions de la table ronde ont mis en lumière plusieurs thèmes. Bon nombre de ces thèmes touchent les étapes de prévention, d'intervention, de suivi et de soutien du continuum. Les principaux thèmes sont présentés ci-après et beaucoup d'entre eux se retrouvaient également dans les idées individuelles qui sont résumées dans le prochain chapitre.

Changement de culture

Le changement de culture, tant dans le milieu de travail que dans la société en général, a été jugé comme un élément essentiel de la solution au problème du stress mental traumatique sur les lieux de travail. Les discussions étaient axées sur la nécessité d'un changement de culture afin que les responsables des lieux de travail reconnaissent les événements associés au stress mental traumatique et y réagissent, de sorte que les travailleurs obtiennent l'aide dont ils ont besoin après avoir subi une expérience de traumatisme mental. Certains participants étaient fermement d'avis que le changement de culture dans le lieu de travail tient largement à la déstigmatisation. Les membres de la table ronde étaient d'avis qu'il est impossible de changer les attitudes sans s'assurer d'avoir en place le soutien approprié.

Les participants ont présenté de nombreuses idées sur la façon de surmonter le problème du stigmate et d'amorcer un changement de culture, notamment par l'entraide entre pairs et les témoignages de personnes qui ont une « expérience vécue », et la manière d'amener les personnes qui jouent des rôles de premier plan dans les organismes à remplacer le stigmate par l'acceptation du stress mental traumatique.

Bon nombre de participants ont également affirmé que les stratégies et les idées qui permettront de changer la culture en milieu de travail concernent, de façon générale, la santé mentale et pas seulement le stress mental traumatique.

« Il est possible de changer une culture… mais le mouvement doit être descendant aussi bien qu'ascendant au sein d'un organisme. » - Dr Rakesh Jetly, psychiatre / responsable national en matière de santé mentale

Démarches axées sur les pairs

L'importance d'adopter des démarches axées sur les pairs a été soulignée tout au long des discussions. Ce type de démarches était perçu comme une représentation du changement de culture. Les membres de la table ronde ont suggéré que ces démarches devaient parfois être mises en oeuvre par les employeurs et qu'à d'autres moments, elles devaient être moins formelles. Au cours des discussions, les membres ont jugé qu'il serait intéressant de recourir davantage à des démarches axées sur les pairs.

Les suggestions quant à celles-ci incluaient notamment un modèle de « formation des formateurs » comme moyen efficace de sensibiliser les travailleurs au soutien à offrir à des collègues qui reviennent au travail après un événement traumatique. Un autre exemple était que les équipes de soutien des pairs participent à l'intervention après un événement traumatique afin de s'assurer de cerner et de traiter les problèmes promptement. Selon les participants, le soutien des pairs est maintenant une démarche utilisée dans certains secteurs, par exemple, les services d'incendie.

« Le soutien des pairs peut jouer un rôle en encourageant le suivi d'un traitement et en fournissant du soutien pendant le rétablissement… et apporter de l'aide supplémentaire pendant le processus de retour au travail. » - Dr Ash Bender, psychiatre du travail / responsable en matière de santé mentale, Centre de toxicomanie et de santé mentale

Leadership organisationnel

Ils ont également mentionné le rôle important du leadership organisationnel dans l'apport de changements dans le domaine de la santé mentale. Ils ont noté, par exemple, que l'engagement des dirigeants d'organismes est nécessaire à l'établissement d'une culture organisationnelle qui favorise la reconnaissance et l'acceptation des problèmes de santé mentale comme le stress mental traumatique. Les observations incluaient la nécessité, pour les organismes, de mettre en place un véritable leadership compatissant, ainsi que le besoin d'établir les attentes, les points de référence et les indicateurs de la qualité du rendement que doivent observer les dirigeants et les organismes dans ce domaine. Les discussions ont porté sur l'importance que revêtent la responsabilisation et la responsabilité morale des cadres supérieurs à l'égard de leur personnel. Dans le même ordre d'idée, les participants ont suggéré que les critères et les attentes pourraient être énoncés dans les ententes de responsabilisation du chef de la direction afin de s'assurer que les problèmes de stress mental traumatique (comme le trouble de stress post-traumatique) soient examinés.

« Nous devons insister sur le rendement de l'investissement en milieu de travail – il s'agit d'offrir un cas de soutien financier dès le départ ou d'une dépense de 100 000 $ si la personne ne retourne pas au travail. Ne vaut-il pas mieux investir dans le rétablissement de la personne? » - Dr Ash Bender

Politique et leadership gouvernemental

Tout au long des discussions, de nombreux membres de la table ronde ont fait des suggestions sur le rôle du gouvernement dans le domaine du stress mental traumatique et de la santé mentale, y compris la possibilité que le gouvernement y joue un rôle de premier plan, la participation de différents ministères et l'intervention de la CSPAAT en raison de ses fonctions d'administration et d'arbitrage des demandes d’indemnisation relatives au stress mental traumatique.

Les questions posées sur ce thème incluaient les suivantes :

  • Étant donné que la CSPAAT peut constituer un point de contact pour les travailleurs touchés par des événements traumatisants survenus sur le lieu de travail, pourrait-elle jouer un rôle en ce qui a trait à l'aide aux travailleurs afin qu'ils s'y retrouvent dans le soutien et les services qu'offre le système avant et après la présentation d'une demande[5]?
  • Les participants ont proposé des démarches législatives, notamment l'idée d'obliger les employeurs à prévoir une intervention et une formation en cas d'incident critique, y compris une formation en sécurité psychologique. Ils ont également mentionné que, dans certains cas, des exigences législatives à l'égard de la prévention primaire (particulièrement sur la question d'éviter les événements traumatisants) pourraient être requises.
  • En ce qui concerne la participation des autres ministères, les membres de la table ronde ont fait des commentaires sur les rôles possibles que pourrait jouer le ministère de la Santé et des Soins de longue durée (MSSLD). Ils ont émis l'idée que le MSSLD mette sur pied un « Centre de crise / équipe d'intervention » qui serait prêt à agir en cas d'événement traumatisant et ont suggéré que le MSSLD et les réseaux locaux d'intégration des services de santé pourraient inclure des attentes relatives au stress mental traumatique dans les ententes de responsabilisation du chef de la direction dans le secteur des soins de santé.
  • Compte tenu du transfert du mandat de prévention des blessures professionnelles de la CSPAAT au MTR et de la création du nouveau poste de directeur général de la prévention (et reconnaissant que le MTR prend part à ce dossier par le présent processus de table ronde), les participants ont demandé que le Bureau de prévention du MTR participe à la résolution de ce problème.

Accès aux ressources et au soutien

  • Les discussions ont beaucoup porté sur la nécessité d'améliorer l'accès aux ressources et au soutien immédiatement après un événement traumatique, mais aussi de façon continue, par exemple lorsqu'une personne touchée revient au travail après un événement. Les employeurs et les travailleurs ne savent pas nécessairement où trouver de l'aide. Selon les participants, l'accès aux ressources n'est pas uniforme dans l'ensemble de la province (particulièrement dans les zones non urbaines), et il est nécessaire de faire intervenir les organismes régionaux afin de s'assurer que de l'aide est offerte, peu importe où vivent les travailleurs.
  • Ils ont soulevé plusieurs questions et observations sur la forme que pourrait prendre ce soutien. Par exemple, devrait-il y avoir un mécanisme d'intervention automatique pour fournir de l'aide immédiate après qu'un événement s'est produit (reconnaissant que tous les événements ne sont pas immédiatement identifiables ou catastrophiques, comme dans le cas de traumatismes répétés)? Devrait-il y avoir un numéro de téléphone centralisé à composer après qu'un événement s'est produit afin d'améliorer l'accès aux services et à l'information, un numéro semblable à celui de l'organisme Action Cancer Ontario?
  • Il a été question du modèle du ministère de la Défense nationale (MDN) / Forces armées canadiennes (FAC) en réponse aux besoins en santé mentale, tout en reconnaissant que les FAC possèdent une structure organisationnelle particulière et que leurs efforts doivent être compris dans ce contexte.

« Le cheminement de carrière dans nos organismes est-il pensé de façon à reconnaître l'exposition cumulative? Pouvons-nous contribuer à l'avancement de notre personnel sans qu'il soit surexposé à des traumatismes? » - Dr Ash Bender

Sensibilisation et formation

Les discussions de la table ronde étaient aussi axées sur l'importance de la sensibilisation et de la formation à l'égard du stress mental traumatique associé au travail pour les parties du lieu de travail, les organismes et les secteurs, ainsi que le grand public. Il est ressorti des discussions que les travailleurs doivent être renseignés, à toutes les étapes de leur vie professionnelle, sur les risques, les causes, les symptômes et les mesures préventives et correctives liés au stress mental traumatique, y compris au début et à la fin de leur carrière.

Les participants à la table ronde ont également exprimé l'opinion selon laquelle une formation de sensibilisation continue devrait être offerte au niveau du leadership organisationnel. Ils ont souligné que les employeurs doivent aussi être formés sur un large éventail de sujets, notamment comment appuyer les personnes qui retournent au travail (par exemple, offrir des formations sur des démarches souples et de soutien, encourager et appuyer le rétablissement et prévenir la récurrence et l'invalidité). Au-delà des parties du lieu de travail, ils ont jugé qu'il est également important de sensibiliser la population en général au stress mental traumatique.

Échange de connaissances

Les membres de la table ronde ont formulé des observations sur la façon d'échanger des connaissances tout au long des discussions, y compris des idées sur la façon d'échanger des connaissances entre les secteurs tout comme entre les organismes au sein des secteurs.

Par exemple, l'une des solutions proposées était une communauté de praticiens qui pourrait mettre l'accent sur la sensibilisation des travailleurs et des responsables sur les lieux de travail aux causes, aux symptômes et aux mesures préventives et correctives liés au stress mental traumatique et (ou) échanger des connaissances sur les principes de prévention de retour au travail des employés après une période d'invalidité, le soutien et les pratiques de rétablissement qui sont susceptibles d'aider. Une autre suggestion visant à favoriser l'échange de connaissances était que les différents secteurs se réunissent tous les six mois pour discuter et échanger des renseignements sur des problèmes pertinents comme la prévention du stress mental traumatique.

Communication

Au cours des discussions, les membres ont souvent insisté sur l'importance de la communication, notamment communiquer des renseignements sur les problèmes de stress mental traumatique auxquels font face divers secteurs et favoriser la communication entre les personnes touchées par des événements traumatisants.

Par exemple, un thème central des discussions portait sur les risques du stress mental traumatique associés à certaines professions et carrières, et comment communiquer cette information de façon réaliste à de nouvelles recrues potentielles. Ils ont aussi mentionné l'idée de favoriser la communication de renseignements sur les causes, les symptômes et les mesures préventives et correctives liés au stress mental traumatique entre les familles touchées, notamment en organisant une journée « bien-être » axée sur la famille qui permettrait aux familles de se réunir pour échanger sur les problèmes liés au stress mental traumatique.

« N'oubliez pas que les membres de la famille sont indirectement touchés, mais qu'ils sont déterminants dans le rétablissement... Les familles jouent souvent un rôle décisif en encourageant un suivi de traitement et en fournissant du soutien pendant le rétablissement. » - Dr Ash Bender

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[5] Selon la CSPAAT, elle ne traite pas tous les cas liés aux événements de stress mental traumatique survenus sur le lieu de travail étant donné que les lieux de travail en Ontario ne relèvent pas tous de la CSPAAT, pas plus que tous les incidents traumatisants ne sont signalés.