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Section 3 : Les effets économiques du salaire minimum

  • Diffusion : 27 janvier 2014
  • Dernière mise à jour : janvier 2014

3.1 Quels sont les effets économiques du salaire minimum? Théorie et faits

Concepts théoriques

Selon la théorie économique de base, l'établissement d'un salaire minimum supérieur au salaire d'équilibre sur le marché mènerait à une contraction de la demande de main-d'œuvre à bas salaire de la part des entreprises. Ce phénomène serait attribuable au fait que les entreprises substituent d'autres intrants à la main-d'œuvre à bas salaire qui leur coûte plus cher, et qu'elles réduisent leur production à cause de leurs coûts de main-d'œuvre plus élevés. Toutes choses étant par ailleurs égales, il est donc prévisible qu'une hausse du salaire minimum ait des répercussions sur l'emploi (Benjamin et coll., 2012). Les travailleurs dont la rémunération se situe à l'extrémité inférieure de la distribution des salaires seraient les plus touchés. Les travailleurs dont la rémunération correspond au salaire minimum ou avoisine le salaire minimum risquent de perdre leurs emplois à cause de la contraction de la demande de main-d'œuvre de la part des employeurs. Dans une économie en croissance, cependant, ce phénomène se traduira probablement par la création moindre de nouveaux emplois plutôt que par des licenciements purs et simples. Quant au nouveau salaire minimum majoré, ce sont les emplois supprimés qui déterminent quels sont les gagnants et les perdants. Le nouveau régime de rémunération est avantageux pour les travailleurs qui conservent leurs emplois, mais il pénalise les travailleurs qui deviennent chômeurs.

D'autres facteurs peuvent toutefois atténuer l'effet sur le désemploi de la hausse du salaire minimum. Par exemple, son effet négatif sur l'emploi se traduira plutôt par une diminution des possibilités d'emploi que par des licenciements purs et simples si, en parallèle, la demande générale de main-d'œuvre augmente. De plus, si l'économie est en phase expansionniste, les travailleurs dont les salaires se situent au niveau du salaire minimum ou en deçà de celui-ci (et qui, de ce fait, sont touchés par la hausse du salaire minimum) seront probablement moins nombreux, car les employeurs sont plus enclins à relever les salaires pour répondre à leur demande de main-d'œuvre accrue. Il se peut que la mobilité de la main-d'œuvre soit moindre parce qu'un salaire minimum plus attrayant incite davantage les salariés à conserver leur emploi, mieux payé, dans l'entreprise. Il se peut aussi qu'une rémunération plus élevée renforce l'engagement des travailleurs envers l'organisation et les encourage à fournir un effort plus grand; c'est ce que les économistes appellent l'effet du « salaire d'efficience ». En réaction à la hausse du salaire minimum, les employeurs peuvent être amenés à adopter des méthodes de gestion et d'autres pratiques plus efficientes, notamment à réduire les salaires excédentaires des travailleurs mieux payés. De plus, en rémunérant mieux les mêmes postes, les organisations peuvent être en mesure d'attirer une main-d'œuvre de meilleur calibre et, partant, plus productive. Bien que ces divers rajustements donnent à penser que les hausses du salaire minimum « s'autofinancent » en partie, l'effet compensateur n'est vraisemblablement pas énorme. Dans le cas contraire, les employeurs prendraient l'initiative d'augmenter le salaire minimum sans que celui-ci soit légiféré.

Les employeurs peuvent absorber leurs charges salariales plus lourdes sans réduire un nombre considérable d'emplois (Hirsh, Kaufman et Zelenska, 2011; Schmitt, 2013). Ils peuvent abaisser leurs coûts de main-d'œuvre non liés aux salaires, tels que les avantages sociaux ou les heures travaillées ou encore les dépenses au titre des programmes de formation et de perfectionnement en milieu de travail offerts aux travailleurs rémunérés au salaire minimum. Quoique ces mécanismes puissent constituer des solutions de rechange à la contraction des emplois, ils ont des répercussions sur les travailleurs. Le recours de plus en plus répandu à des emplois précaires et à des horaires variables peut être perçu, en partie, comme un moyen de contrebalancer les salaires plus élevés versés par les employeurs.

Les entreprises peuvent en outre répercuter leurs augmentations de coûts sur leurs clients en majorant les prix de leurs produits. Cette pratique est, selon toute probabilité, utilisée dans les secteurs d'activité où la demande de produits ou de services est relativement insensible aux hausses de prix. L'insensibilité aux prix est cependant moins susceptible d'être observée, parce que le marché est exposé aux forces de la concurrence engendrées, en partie, par la mondialisation.

On soutient également que la hausse des gains des travailleurs rémunérés au salaire minimum augmenterait leur pouvoir d'achat et, de ce fait, ferait croître la demande de biens et de services. Il pourrait en résulter une boucle de rétroaction positive qui stimulerait la croissance économique et atténuerait les effets négatifs sur l'emploi de l'augmentation du salaire minimum. Ces effets positifs pourraient toutefois être contrebalancés par le fléchissement de la demande provenant des travailleurs qui sont devenus chômeurs à cause de la hausse du salaire minimum, ou des employeurs dont la capacité d'effectuer de nouveaux investissements est affaiblie par l'alourdissement de leurs charges salariales à cause de la hausse du salaire minimum.

Enfin, sur les marchés du travail locaux, les employeurs peuvent être réticents à hausser les salaires pour attirer de nouveaux candidats s'ils doivent aussi mieux rémunérer le personnel en place pour des raisons d'équité interne. Dans les faits, l'établissement d'un salaire minimum peut alléger cette contrainte, parce que les employeurs doivent offrir le salaire instauré à tous leurs travailleurs, soit les candidats externes et le personnel en place. Dans de telles circonstances, ou « situations monopsonistiques » dans le jargon des économistes, la fixation d'un salaire minimum peut en réalité être un incitatif à la création d'emplois. Cela peut tenir au fait que la perspective d'avoir à verser des salaires plus élevés pour attirer des candidats externes n'a plus d'effet dissuasif sur les employeurs qui, ainsi, sont disposés à créer des emplois.

Somme toute, la théorie économique postule en général que l'augmentation du salaire minimum a des effets négatifs sur l'emploi. D'autres facteurs pourraient cependant atténuer ou neutraliser ces effets, soit la réduction de la mobilité de la main-d'œuvre, l'amélioration de l'efficacité organisationnelle, la diminution des salaires des travailleurs qui se situent dans le haut de l'échelle salariale et des hausses de prix modestes. Dans son examen, Schmitt (2013) souligne ces facteurs, qui peuvent en partie expliquer la raison pour laquelle certaines études n'ont observé aucun effet sur le désemploi à la suite d'une hausse du salaire minimum.

Résultats de recherches antérieures

Les sections ci-dessous présentent une synthèse des données tirées d'études portant sur les effets du salaire minimum. Certains aspects sont controversés alors que d'autres recueillent un consensus.

Effet des salaires minimums sur l'emploi des travailleurs à bas salaire

La hausse des salaires minimums réduit-elle l'emploi chez les travailleurs au bas de l'échelle salariale? Dans les études empiriques, il n'y a pas de consensus sur cette question. Les premières études menées aux États-Unis pendant les années 1950, 1960 et 1970 (d'après environ 26 ouvrages recensés dans les recherches de Brown, Gilroy et Kohen, 1982; 28 dans les recherches de Brown, 1999; et 29 dans les recherches de Card et Krueger, 1995, p. 180 à 182) révèlent que les salaires minimums ont un effet très négatif sur les emplois des adolescents. Au cours de cette période, la « fourchette du consensus » était qu'une augmentation de 10 % du salaire minimum menait à une contraction de 1 à 3 % de l'emploi chez les adolescents.

Selon des études plus récentes fondées sur des données produites aux États-Unis dans les années 1980 et 1990, les résultats ont tendance à être contradictoires. Certaines recherches font état d'effets qui se situent dans la fourchette de consensus antérieure, c'est-à-dire qu'elles associent une hausse de 10 % du salaire minimum à un recul de 1 à 3 % des emplois (Neumark et Wascher, 1992, 1994 et 2000; Williams, 1993; Williams et Mills, 1998). D'autres études concluent à des effets négatifs encore plus prononcés (Burkhauser, Couch et Wittenburg, 2000; Deere, Murphy et Welch, 1995; Kim et Taylor, 1995). D'autres encore constatent que les effets négatifs sur l'emploi sont quasi nuls ou statistiquement non significatifs (Card, 1992a, 1992b; Card, Katz et Krueger, 1994; Card et Krueger, 1994, 1995 et 2000; Katz et Krueger, 1992; Klerman, 1992; Solon, 1990; Wellington, 1991). Les études qui s'appuient sur des données collectées au moyen d'un panel pour estimer les transitions vers l'emploi des personnes touchées par les hausses du salaire minimum ont tendance à observer des effets négatifs sur l'emploi allant de faibles (Currie et Fallick, 1996; Zavodny, 2000) à prononcés (Abowd, Kramarz, Lemieux et Margolis, 2000; Linneman, 1982).

D'autres études (p. ex. celle de Neumark, 2001, qui porte sur des données pour les années 1995 à 1998) révèlent que les effets sont sensibles à la spécification des modèles empiriques et au groupe faisant l'objet de l'analyse. Aucun effet négatif sur l'emploi n'est observé d'une manière uniforme dans la catégorie des 16 à 19 ans (ni dans celle des 16 à 24 ans) bien que des effets négatifs sur l'emploi aient tendance à être observés chez les décrocheurs du secondaire.

Des méta-analyses portant sur de nombreuses études rendent compte de l'effet non significatif de la hausse des salaires minimums sur l'emploi (Doucouliagos et Stanley, 2009; Wolfson et Belman, à venir). Les constatations d'une série d'études récentes corroborent les observations de Card et Kruger, selon lesquelles les salaires minimums n'ont aucun effet perceptible sur l'emploi (Dube, Lester et Reich, 2010; Allegretto, Dube et Reich, 2011; Hirsch, Kaufman et Zelenska, 2011; Addison, Blackburn et Cotti, 2012). En revanche, les recherches de Sabia, Burkhauser et Hansen (2012) ont fait appel à une méthodologie de recherche semblable à celle qu'ont employée Card et Kruger, mais elles font état d'effets négatifs prononcés sur les emplois des travailleurs peu qualifiés et faiblement scolarisés.

Dans le contexte du marché canadien, les chercheurs constatent généralement que l'augmentation des salaires minimums a un effet négatif sur l'emploi, en particulier chez les jeunes travailleurs. Des études réalisées dans les années 1980 donnent à penser qu'une hausse de 10 % des salaires minimums mènerait à une contraction de 1 à 3 % de l'emploi (Swidinsky, 1980; Schaafsma et Walsh, 1983). Des études plus récentes rendent compte d'effets plus négatifs sur l'emploi (Baker, Benjamin et Stanger, 1999; Yeun, 2003; Baker, 2005, Campolieti, Fang et Gunderson, 2005a.b; Campolieti, Gunderson et Riddell, 2006; Sen, Rybczynski et Van De Waal, 2011). En général, ces recherches révèlent que l'emploi chez les adolescents se replie de 3 à 6 % lorsque le salaire minimum est relevé de 10 %.

Selon les résultats d'une étude récente, les effets négatifs sur l'emploi diminuent avec le temps et les effets sur le désemploi sont nettement plus marqués chez les travailleurs occupant depuis longtemps des postes rémunérés au salaire minimum (c.-à-d. les travailleurs payés en permanence au salaire minimum) par rapport à ceux qui ne sont rémunérés au salaire minimum que temporairement, c'est-à-dire pendant une courte période. De fait, les effets négatifs sur l'emploi touchent presque exclusivement les travailleurs payés en permanence au salaire minimum (Campolieti, Gunderson et Lee, 2012).

Les recherches de Campolieti, Fang et Gunderson (2005a) ont révélé que les effets de la hausse des salaires minimums sur le désemploi au Canada n'étaient pas sensibles au fait que les hausses aient été annoncées et mises en œuvre selon les règles, ou qu'elles aient été effectuées de manière périodique et d'une façon spéciale sans avoir été annoncées. Toutefois, les effets négatifs sur l'emploi étaient beaucoup plus forts lorsque le salaire minimum faisait l'objet d'une hausse substantielle plutôt que d'une série cumulative de hausses modestes et uniformes.

Élément positif, Fang et Gunderson (2009) ont observé dans leurs recherches que les hausses du salaire minimum avaient des effets favorables sur l'emploi chez les travailleurs canadiens d'un certain âge. Les employeurs appelés à verser un salaire minimum plus élevé remplacent vraisemblablement les jeunes par des travailleurs plus âgés possédant des qualités (sérieux, expérience, etc.) qui sont mises à profit dans leur travail.

En Grande-Bretagne, des données économétriques donnent à penser que des hausses modérées du salaire minimum n'ont pas d'effet négatif global sur l'emploi en période d'expansion économique (Stewart, 2004), mais qu'elles ont un effet défavorable sur l'emploi dans le secteur du travail domestique, situé au bas de l'échelle salariale, où la concentration des travailleurs rémunérés au salaire minimum est plus forte (Machin et Wilson, 2004).

À l'échelle internationale, des données collectées de 1975 à 1996 dans neuf pays membres de l'OCDE recoupent les résultats obtenus au Canada, selon lesquels une augmentation de 10 % du salaire minimum mène à une contraction de 3 à 6 % de l'emploi chez les travailleurs adolescents (OCDE, 1998a, p. 45 à 48).

Dans l'ensemble, les données américaines ne sont toujours pas concluantes alors que les données collectées au Canada et dans les pays membres de l'OCDE tendent à mettre en lumière l'effet négatif sur l'emploi de la hausse des salaires minimums. Les nouveaux arrivants sur le marché du travail (p. ex. les adolescents et les immigrants de fraîche date) sont plus vulnérables aux effets de la hausse des salaires minimums sur le désemploi.

Effet des salaires minimums sur les heures travaillées

Les salaires minimums font croître les coûts de main-d'œuvre sur une base horaire. Il est possible que l'augmentation des salaires minimums incite les employeurs à réduire les heures travaillées plutôt qu'à supprimer des emplois, ou en plus de prendre cette mesure. Selon des données limitées (Gramlich, 1976; Brown, Gilroy et Kohen, 1983; Dube, Lester et Reich, 2010, mais pas Zavodny, 2000), les hausses des salaires minimums mènent aussi à une modeste réduction des heures de travail, ce qui donne à penser qu'en se concentrant sur les effets des hausses des salaires minimums sur l'emploi, les études tendent à sous-estimer les effets globaux dont elles rendraient compte si la diminution des heures travaillées n'était pas prise en considération. Les recherches de Hungerford (1997) concluent également que les hausses des salaires minimums mènent à un taux élevé d'emploi à temps partiel involontaire, ce qui laisse entendre que les employeurs réduisent les heures de travail du personnel à temps partiel et du personnel à temps plein même si les travailleurs avaient préféré travailler un plus grand nombre d'heures.

Effet des salaires minimums sur la distribution des salaires

L'augmentation des salaires minimums peut toucher non seulement les travailleurs rémunérés au salaire minimum, mais également ceux qui reçoivent une rémunération horaire plus élevée. Des données empiriques limitées indiqueraient que la hausse des salaires minimums a des retombées positives sur les travailleurs dont le salaire se situe légèrement au-dessus de ce niveau (Card et Krueger, 1995, p. 160 à 166; Cox et Oaxaca, 1981; Gramlich, 1976; Grossman, 1983; Katz et Krueger, 1992). Il est vraisemblable que l'effet immédiat provienne d'une hausse du salaire minimum qui, ensuite, s'étend à d'autres salaires légèrement au-dessus du salaire minimum. À plus long terme, une augmentation des salaires moyen ou médian peut alors déclencher la réclamation d'une augmentation du salaire minimum, ce qui pourrait mener à un cycle de rattrapage haussier.

Comme les salaires minimums poussent vers le haut les salaires les plus faibles dans la distribution des salaires, et vraisemblablement ceux qui se situent légèrement au-dessus du salaire minimum du fait des retombées, il est probable que les hausses des salaires minimums créeront des inégalités dans les bas salaires. Cette hypothèse est renforcée par le fait que les salaires minimums peuvent faire disparaître des emplois à bas salaire. Aux États-Unis, des données empiriques donnent à penser qu'en augmentant, les salaires minimums atténuent les inégalités salariales (Card et DiNardo, 2002; Card et Krueger, 1995; DiNardo, Fortin et Lemieux, 1997; Lee, 1999; Lemieux, 2005; Meyer et Wise, 1983a et b; Tuelings, 2000).

Effet de la hausse des salaires minimums sur la distribution des revenus

La réduction des inégalités salariales évoquée précédemment devrait contribuer à aplanir les inégalités de revenu et à réduire la pauvreté. Il se peut cependant que cet effet positif soit quelque peu contrebalancé par l'effet négatif potentiel des salaires minimums sur l'emploi et les heures de travail. En ce qui concerne la distribution des gains des ménages, les données américaines donnent à penser que les salaires minimums font grimper le niveau de revenu des ménages à bas salaire. Les recherches de Card et Krueger (1995) indiquent que plus de 35 % de la croissance des gains attribuable aux augmentations des salaires minimums décrétées par le Gouvernement fédéral en 1990 et 1991 ont touché essentiellement les ménages qui se situaient dans la tranche inférieure de 10 % de la répartition des gains des ménages américains.

Effet des salaires minimums sur la pauvreté

Le lien entre la pauvreté et les bas salaires est ténu pour diverses raisons. Dans de nombreux ménages pauvres, il n'y a pas de travailleurs salariés ou les salariés ne travaillent que pendant quelques heures, et de nombreux autres reçoivent une rémunération supérieure au salaire minimum. De nombreux travailleurs rémunérés au salaire minimum sont des jeunes vivant dans des familles non pauvres ou des personnes vivant dans des familles où les revenus combinés de plusieurs membres les sortent de la pauvreté. De plus, les emplois rémunérés au salaire minimum servent souvent de tremplin temporaire vers des emplois mieux rémunérés.

Des résultats empiriques corroborent ces arguments tant aux États-Unis (Burkhauser et Finnegan, 1989; Card et Kruger, 1995; Burhauser, Couch et Glenn, 1996; Burkhauser, Couch et Wittenberg, 2000; Vedder et Gallaway, 2001 et 2002; Neumark et Wascher, 2002; Neumark Schweitzer et Wascher, 2005; Burkhauser et Sabia, 2007; mais pas Mincy, 1990, ni Addison et Blackburn, 1999) qu'au Canada (Shannon et Beach, 1995; Goldberg et Green, 1999; Benjamin, 2001; Campolieti, Gunderson et Lee, 2012). Chose étonnante, certaines études concluent même que la hausse du salaire minimum aggrave la pauvreté. Dans leurs recherches, Sen, Rybczynski et Van De Wall (2011) ont observé une augmentation modeste, quoique statistiquement significative, de la pauvreté attribuable à la hausse des salaires minimums : il y aurait une forte corrélation entre une hausse de 10 % du salaire minimum et une augmentation de 4 % à 6 % de la proportion des ménages canadiens qui se situaient sous le seuil de faible revenu (SFR) de 1981 à 2004. Les salaires minimums plus élevés se traduisent par une augmentation du chômage, ce qui engendre plus de pauvreté parce que les revenus des ménages tombent parmi les familles à faible revenu.

Compte tenu de ce que nous savons au sujet du profil démographique des travailleurs rémunérés au salaire minimum, il n'est pas étonnant que la zone de chevauchement entre ces derniers et les personnes vivant sous le seuil de pauvreté soit étroite. Seulement environ 12,5 % des travailleurs rémunérés au salaire minimum faisaient partie de ménages pauvres en 2011, selon la mesure de faible revenu (MFR) de Statistique Canada. L'immense majorité (87,5 %) des travailleurs faisaient partie de ménages dont les revenus étaient supérieurs à la MFR. (Estimations communiquées par le ministère des Finances de l'Ontario d'après les données de l'Enquête sur la population active.) Par conséquent, bien que la hausse des salaires minimums réduise la pauvreté de certaines personnes, ses effets globaux sur la pauvreté dans son ensemble seraient limités.

Effet des salaires minimums sur la formation

Les salaires minimums peuvent avoir un effet dissuasif sur les programmes de formation en ce sens qu'ils nuisent à l'acceptation de bas salaires en échange d'une formation. Si la hausse des salaires minimums a des effets négatifs sur l'emploi, elle peut aussi réduire la formation en milieu de travail, qui va de pair avec l'emploi. Or, la formation devrait être encouragée, car elle contribue à améliorer la productivité et accroît l'accès à un emploi mieux payé ou la probabilité de conserver ce type d'emploi.

Les données collectées aux États-Unis donnent à penser que les salaires minimums ont effectivement un effet négatif sur la formation, mais que celui-ci est infime (Grossberg et Sicilican, 1999; Hashimoto, 1982; Leighton et Mincer, 1981; Neumark et Wascher, 2001; Neumark et Sicilian, 2001). Les recherches menées par Acemoglu et Pischke (2001) ou par Converse, Coe, Corcoran, Kallick et Morgan (1981) concluent à l'absence d'effet sur la formation.

Effet des salaires minimums sur la scolarisation

Les salaires minimums peuvent encourager le décrochage scolaire en incitant les jeunes à obtenir des emplois au salaire minimum mieux payés. Cependant, dans la mesure où ils ont un effet négatif sur l'emploi, les salaires minimums peuvent amener les jeunes à poursuivre leurs études parce que les emplois sont moins abondants. Dans le même ordre d'idées, les jeunes peuvent décider de poursuivre leurs études pour augmenter leur productivité et, ainsi, obtenir des emplois mieux rémunérés.

Les données sur l'effet des salaires minimums sur la scolarisation sont mitigées bien qu'elles donnent généralement à penser qu'un salaire minimum plus attrayant encourage les jeunes à décrocher afin d'obtenir des emplois à salaire minimum mieux payés. Aux États-Unis, les recherches de Neumark et de Wascher (1995a, 1995b et 1996) et Cunningham (1981) vont dans ce sens; il en va de même pour les recherches d'Ehrenberg et de Marcus (1980 et 1982) en ce qui concerne les adolescents de familles à faible revenu. Dans son étude, Card (1992a) ne constate cependant aucun effet sur la scolarisation; Mattila (1981) observe que les hausses du salaire minimum incitent les jeunes à poursuivre leurs études en raison des possibilités d'emploi moins nombreuses. Au Canada, les recherches de Campolieti, de Fang et de Gunderson (2005) concluent que la scolarisation n'est pas sensible à la hausse des salaires minimums.

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